Édouard Gohier (fils)



Voilà pourquoi à la fin du mandat à la mairie d’Édouard Gohier père, la Canada Stove & Furniture Company Ltd conclut une entente, à la suite des pourparlers avec la Ville, stipulant que la compagnie est exemptée de taxes foncières pour une période de 25 ans, à condition, bien sûr, qu’elle favorise l’embauche de travailleurs de Saint-Laurent. L’usine s’établit donc, le 10 avril 1913 et entreprend la fabrication de poêles, fournaises et autre objets de métal. En 1916, la compagnie cède ses droits et obligations à la Canada Stove & Foundry Company Ltd. Cette dernière cède à son tour ses privilèges et engagements à la Gurney Foundry Company Ltd en 1920. Grâce à la proximité du chemin de fer qui facilite le transport des marchandises, les affaires de la Gurney Foundry évoluent et l’entreprise participe pleinement au développement économique de la ville. Elle devient quelques années plus tard Tappan Gurney Ltd.

Sous le règne d’Édouard Gohier fils à la mairie de Saint-Laurent, la compagnie Robert Mitchell construit, en 1926, sur le boulevard Décarie, non loin de la voie ferrée, une grande fonderie moderne afin de remplacer celle qu’elle possède à Saint-Henri. Alors qu’en temps normal, elle fabrique et met sur le marché tous les types d’ustensiles, la guerre 1939-45 va considérablement changer sa dynamique. La fonderie se spécialise petit à petit dans la fabricaton de « forcings » et de « castings » afin de répondre à la demande croissante des industries aéronautiques. Au plus fort du conflit, l’entreprise emploie jusqu’à 8 000 ouvriers. Elle est encore aujourd’hui l’une des industries prospères de Saint-Laurent et emploie plus de 400 personnes.

Tout en s’occupant de son commerce, Édouard Gohier prenait à cœur le développement de sa ville. En 1936-37, Édouard Gohier laisse ses affaires personnelles, et va rencontrer aux États-Unis les dirigeants de la Continental Can Company qui voulaient installer une fabrique de boîtes en fer blanc.. Cette compagnie hésitait entre plusieurs municipalités pour l’installation de son usine. L’emplacement du site, la disponibilité des terrains, la facilité des communications, la proximité du chemin de fer, l’abondance de main-d’œuvre, l’exemption de taxes pour une certaine période de temps, voilà autant de facteurs et avantages que le maire Gohier a su mettre en valeur auprès des dirigeants de la Compagnie, et qui ont finalement opté pour sa proposition en ce qui concerne le lieu de l’établissement de son usine. Continental Can s’engage donc en 1937 à organiser et à mettre en opération dans les limites de Saint-Laurent, un établissement industriel et commercial pour la fabrication de boîtes en fer blanc et autres récipients. En échange d’une exemption de taxes sur une période de dix ans, elle doit toutefois garantir à la ville la construction d’une manufacture. Celle-ci doit avoir une superficie de 50 000 pieds carrés pour y faire travailler un minimum de 35 ouvriers par jour.

Grâce à la Seconde Guerre Mondiale, l’entreprise prospère rapidement puisqu’en 1938 et 1946, elle fait construire une voie d’évitement, achète les usines et entrepôts appartenant à Marshall Ventilated Matress Company et emploie plus de 1 000 ouvriers. Continental Can met fin à ses activités en 1976. Alors que j’étais étudiant au Collège de Saint-Laurent, j’ai eu la chance durant la saison estivale de travailler pour cette compagnie et de gagner une partie de mes études, tout comme d’autres Laurentiens tels que Georges Groulx, Roger Garand, Yves Groulx, Jean Badeaux, etc. Profondément dévoué aux intérêts de la Ville et de ses compatriotes, Édouard Gohier fut un homme d’affaires averti qui a toujours su s’entourer de bons collaborateurs auxquels il laissait de l’initiative. Il obtenait ainsi de l’effort et des sacrifices de la part des hommes qu’il avait choisis. Corpulent comme son père, Édouard Gohier a été un homme d’une grande volonté. Lors de la crise économique, il emploiera tous les moyens honnêtes pour aider ses concitoyens. Profondément dévoué aux intérêts de la ville, de ses compatriotes et de ses employés , il pourra , grâce à son travail et à son talent d’administrateur éviter le marasme financier. La construction du parc «Le Lac d’Argent» sur le boulevard Monkland (Décarie) en est un bon exemple.