La belle histoire de L'Islet :
son église et sa seigneurie
(5e partie)




La première église - Un long débat

À l'issue de l'office célébré dans la maison du seigneur François Bélanger, les colons des trois seigneuries de Saint-Jean-Port-Joly, de l'Islet-Saint-Jean et de Bonsecours vinrent exposer à l'abbé Morel qu'ils désiraient avoir un endroit plus rapproché que le Cap Saint-Ignace pour accomplir leurs devoirs religieux. Les colons demandèrent à l'abbé Morel la permission de construire une chapelle en colombage de 25 ou 30 pieds de longueur et de largeur à proportion, avec rond point, une voûte et autres dépendances. Ils désiraient la placer à la limite des seigneuries de L'Islet-Saint-Jean et de Bonsecours, sur la propriété de Louis Bélanger, espérant que celui-ci consentirait à céder un arpent de terre où l'on pourrait, en même temps, tracer les limites d'un cimetière. Louis Bélanger refusa, disant qu'il aimait mieux que l'église fut éloignée de lui que proche, dans la pensée que son père (François) a toujours eue, que la dite chapelle serait bâtie où il voudrait et proche de sa maison.

Tous s'opposèrent à cette proposition disant que François Bélanger ne songeait pas, en agissant ainsi, à la commodité de tout le monde, mais seulement à la sienne particulière, puisque dans ce cas, la chapelle se trouverait presque au bout des trois seigneuries ci-dessus. François Guyon offrit alors de céder le morceau de terrain demandé; la donation qu'il faisait fut acceptée sur-le-champ et on décida de commencer aussitôt la construction de la chapelle. M. Morel revint dans la seigneurie de Bonsecours au moins de mars 1686. Les habitants étant assemblés dans la maison de François Guyon, où la messe venait d'être célébrée, Guillaume Guyon dont la propriété se trouvait être sur la limite des seigneuries de l'Islet-Saint-Jean et de Bonsecours, et par conséquent, dans un endroit plus favorable, offrit, à son tour, le terrain requis, ce qui fut accepté de nouveau par les personnes présentes. C'est donc sur la terre de Guillaume Guyon que l'on voulait construire la première église de L'Islet. Elle ne le fut pas, et voici pourquoi.


En lançant, au mois de mai 1679, son édit sur les dîmes et les cures fixes dans la Nouvelle-France, Louis XIV avait l'idée d'y établir le patronage des églises alors en vigueur dans l'ancienne France. Si le seigneur d'un fief donnait le fonds sur lequel on désirait placer l'église, s'il construisait cette église et en assurait l'entretien, il en devenait le patron et avait droit à certains honneurs, tels que celui d'avoir un banc dans le chœur; de prendre le premier rang après le clergé dans les processions religieuses; d'être inhumé dans l'église, etc. Pour jouir de ces faveurs, le seigneur devait construire une église en pierres et à ses frais. Dans l'état de pauvreté où se trouvait la colonie, bien peu de seigneurs pouvaient remplir une condition aussi onéreuse.

Cependant, fiers de leur titre, ils voulaient, coûte que coûte, être patrons et de plus avoir l'église sur leur domaine. Ils empêchaient ainsi leurs censitaires de construire de petites églises en bois dont ils se seraient fort bien accommodés. Cet édit de 1679 fut la source de bien des difficultés pour les deux premiers évêques de Québec; ils ne pouvaient indiquer le site d'une future église sans s'exposer aux critiques inopportunes des seigneurs. Afin d'éviter des contestations ennuyantes, ils ne se pressaient pas d'agir auprès des habitants. C'est ce qui retarda la construction de la première église de l'Islet. Le seigneur Bélanger la voulait sur son domaine; les paroissiens désiraient la voir placer à un endroit plus commode : on pouvait s'attendre à bien de la chicane. Cette entreprise resta donc à l'état de projet pendant près de vingt ans.


Finalement, en 1700, on s'était accordé sur le choix d'un site. Le domaine seigneurial n'était plus au centre de Bonsecours, étant fixé pour l'avenir à l'extrémité est. Louis Bélanger, le deuxième seigneur, venait de donner une superficie de deux arpents sur le fleuve et de trois de profondeur, pour la bâtisse de l'église ou chapelle de Bonsecours, cimetière, jardin et presbytère. On peut encore aujourd'hui localiser ses fondations dans le cimetière, tout près de l'enclos réservé longtemps aux bébés morts sans baptême. L'église fut construite en pierre des champs. Elle mesurait 25 pieds de long et 20 de large et contenait 11 bancs distribués en trois rangées. Même si une deuxième église sera construite quelque vingt ans plus tard, elle restera debout jusqu'en 1853, date où sa maçonnerie sera incorporée aux fondations de la chapelle de la Congrégation (2e église). Dû à l'accroissement de la population, cette deuxième église était devenue nécessaire. On la construisit en bois. Avec ses quatre rangées de bancs, elle pouvait contenir une approximation de deux cents personnes assises. Le seul morceau, très valable, qui a été conservé de la deuxième église est le tabernacle sculpté par Noël Levasseur et enchâssé dans le maître-autel de l'église actuelle (3e église).

La deuxième église connut la Guerre de la Conquête. Elle n'a pas été brûlée, mais les troupes anglaises l'ont utilisée momentanément pour des fins militaires. En 1767, Mgr Briand, lors de sa visite pastorale, la trouva tellement délabrée qu'il ordonna de bâtir une autre église. La troisième église fut bâtie par les maîtres-maçons Créquy et Magnan et elle fut ouverte au culte en 1780. L'édifice mesurait 120 pieds de long par 56 de large et revêtu de pierre des champs. L'église actuelle a subi au cours des temps plusieurs modifications, ajouts, transformations et agrandissements.


À cause de son style architectural et de ses sculptures réalisées par les meilleurs artistes de l'époque, elle demeure l'une des belles églises du Québec. Pour cela, elle a été déclarée monument historique. L'intérieur de cette église richement décorée contient de magnifiques pièces d'orfèvrerie ainsi que des sculptures et peintures réalisées par les meilleurs artistes de l'époque, tels que : François Lemieux, Amable Charron, Louis, Lionel et Fernand Boucher, Chrysostome Perrault, Michel et Noël Levasseur, François Sasseville, François Ranvoyzé, Laurent Amyot, Jacques Panet, Louis Dulongpré, Eugène Hamel, Antoine Aide-Créquy, Jean, François, Pierre-Florent et Thomas Baillargé, François-Xavier Berlinguet, Médard et Jean-Julien Bourgault, Henri Caron, Abbé Pierre Conefroy, Louis Jobin, Charles de LaFosse, Charles Le Brun, Jean-Olivier Leclerc, Maurice Mainguy, Pierre Mignard, Antoine Plamondon, Armand Poitras, Pierre-Paul Prud'hom, Jean-Baptiste Roy-Audy, Josaphat St-Pierre, Abbé Pierre Stanislas Vallée. Une visite des lieux s'impose pour découvrir les trésors d'orfèvrerie liturgique de l'Islet et admirer les nombreuses œuvres d'architecture, de sculpture et de peinture qui font la beauté matérielle de l'église de l'Islet.

Le premier chemin

L'année même de la construction de l'église, Bonsecours devenait canoniquement paroisse. Tous ces colons, qui résidaient au bord de l'eau sur le rivage, n'avaient encore qu'un chemin de grève pour se transporter d'un endroit à l'autre. Au printemps, à l'automne et lors des hautes marées, ce chemin était inondé et devenait impraticable. Le besoin d'une route carrossable en tout temps de l'année se faisait sentir. Le Conseil Souverain avait rendu, dès l'année 1706, une ordonnance obligeant le grand-voyer, Pierre Robineau, sieur de Bécancour, à se rendre dans toutes les seigneuries pour y tracer des chemins. Ce ne fut qu'en 1713 qu'il commença son travail sur la rive droite, au-dessous de Québec. Le 5 août de cette année, il traçait dans la seigneurie de Bonsecours un chemin de vingt quatre pieds de large, à prendre à la ligne du Sr Vincelot en descendant, à la ligne et borne de Mlle du Tertre, lequel chemin suivra le long de la haute mer, en reculant les clostures, et lorsque l'on sera chez Louis Cloutier, l'on passera au-dessus du rocher, et viendra descendre au-dessous de sa grange, et suivra tout le long jusque chez le Sr Bélanger. Le même jour, le grand-voyer continuant sa besogne, traçait celui de la seigneurie de l'Islet Saint-Jean.


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